Petit reste

Depuis longtemps déjà, Frère Michel met en garde contre une tentation récurrente : celle de croire qu’un monde qui ne convient plus devrait être corrigé par un autre système, une autre politique, une autre organisation supposée meilleure que la précédente. Son enseignement prend une direction radicalement différente, plus intérieure, plus exigeante.

À l’entrée n°210 de son blog, il écrit cette phrase simple et décisive :
« Chaque homme doit être laissé dans son autarcie originelle construite sur l’amour. »

L’autarcie dont il est question ici est une autarcie spirituelle. Elle renvoie à une capacité intérieure : celle d’un être humain qui se tient, qui vit et agit à partir de l’amour fraternel, sans se dissoudre dans les systèmes, sans laisser sa parole, ses choix et sa manière de vivre être absorbés par des cadres massifs, impersonnels et uniformisants.
Cette autarcie est dite originelle parce qu’elle précède les systèmes. Elle constitue un état premier de l’homme, antérieur aux constructions politiques, sociales ou institutionnelles. Elle ne se conquiert pas contre d’autres hommes ; elle se retrouve. Elle ne s’oppose pas au monde ; elle empêche que l’homme s’y perde.

Cette vigilance traverse tout l’enseignement de Frère Michel. Lorsqu’il évoque Athènes, à l’entrée n°127, il parle d’un « chaudron » où politiques et politiciens se mêlent en permanence. Tout y bouillonne. Les paroles, les intérêts, les peurs, les stratégies s’y confondent. La parole n’y trouve plus de lieu propre. Elle circule dans le bruit, sans pouvoir se déposer. Cette image ne renvoie pas seulement à un moment historique. Elle décrit une logique durable : celle d’un espace où tout est mêlé, où la parole perd son poids, sa responsabilité, sa portée intérieure, parce qu’elle est happée par le flux collectif.

Face à cela, Frère Michel n’appelle ni à une réforme, ni à une amélioration, ni à un combat. Il ne cherche pas à transformer le chaudron. Il appelle à quitter cette direction. À l’entrée n°150, il valide cette parole limpide : « Ce contre quoi tu luttes, tu le renforces. »

Cette affirmation structure l’ensemble de son enseignement. Elle déplace radicalement le regard. Elle écarte la logique de confrontation et invalide l’idée qu’un système puisse être corrigé ou remplacé par la lutte contre lui.

Le Signe et la Révélation d’Arès n’entrent pas dans un rapport d’opposition. Ils n’installent pas une nouvelle politique face à l’ancienne, ni une religion face aux religions existantes. Ils ouvrent un chemin de création : créer autre chose, dans le monde tel qu’il est, sans nourrir ce qui ne convient pas.

Pour nommer ce mouvement, Frère Michel emploie le mot insurgeance, volontairement distinct d’insurrection. L’insurgeant n’est pas celui qui se dresse contre ou qui affronte. Il est celui qui renaît.

Renaître par la pénitence — entendue comme retournement intérieur — conduit à une reconnexion progressive : avec les autres, avec la nature, avec la création. Cette transformation agit concrètement sur l’homme et sur ses relations. Elle ne produit pas d’effet spectaculaire. Elle s’inscrit dans le temps. Elle avance lentement, de relation en relation, de génération en génération, à partir d’un petit reste solidement ancré.

Dans cette perspective, la question de la parole devient centrale. La parole engage. Elle crée ou défait des liens. Elle nourrit des directions. Elle appelle une responsabilité intérieure.

À partir de cette responsabilité sur la parole, il devient alors naturel de regarder comment le numérique organise aujourd’hui nos échanges, afin de voir concrètement comment rester libres dans ces cadres et comment des outils comme Le Fil montrent qu’il est possible de faire autrement.

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